Batteries : chimies, capacité, 12, 24 ou 48 V
La batterie de servitude est le cœur de l'installation électrique : tout ce que vous consommez en transite, tout ce que vous produisez y aboutit. La choisir, c'est répondre à trois questions dans l'ordre — quelle chimie, quelle capacité, quelle tension — et les deux dernières découlent d'un chiffre que vous devez déjà avoir : votre bilan de consommation quotidien. Ce guide déroule ces trois choix, puis le point que les schémas simplistes oublient : comment cette batterie se recharge en roulant.
Deux batteries, deux métiers
Un fourgon aménagé embarque deux batteries aux rôles opposés. La batterie de démarrage fournit une pointe de courant énorme pendant quelques secondes et ne doit jamais être déchargée profondément. La batterie de servitude fait l'inverse : des courants modérés à soutenus pendant des heures, et des décharges profondes quotidiennes. Aucune technologie n'excelle dans les deux registres, et surtout : vider la batterie moteur pour alimenter un frigo, c'est risquer de ne pas repartir. Les deux parcs sont donc séparés, et ne se rejoignent qu'à travers un dispositif de couplage — nous y venons plus bas.
Les chimies en présence
Le plomb ouvert est le doyen : bon marché, tolérant aux erreurs de charge, mais lourd, sensible aux décharges profondes, et il dégaze à la charge — donc ventilation obligatoire et entretien du niveau d'électrolyte. L'AGM et le gel sont ses variantes étanches et sans entretien, montables dans l'habitacle, un peu plus chères. Toutes les batteries au plomb partagent deux limites structurelles : environ 50 % seulement de la capacité nominale est réellement utilisable si l'on veut préserver leur durée de vie, et celle-ci se compte en quelques centaines de cycles de décharge profonde.
Le LiFePO4 (lithium fer phosphate) change les ordres de grandeur : environ 90 % de capacité utilisable, plusieurs milliers de cycles, une tension stable jusqu'en fin de décharge, et une masse divisée par deux à trois à énergie utile égale. Les contreparties sont réelles : un prix d'achat supérieur (relativisé par la durée de vie), un BMS — l'électronique embarquée qui protège les cellules et peut couper sans préavis — et une charge interdite en dessous de 0 °C, que le BMS bloque : dans un fourgon hivernal, il faut des modules auto-chauffants ou une batterie installée dans le volume chauffé.
Dimensionner : depuis le bilan, pas depuis le catalogue
La capacité se déduit du bilan de consommation, jamais l'inverse — la méthode complète et le calculateur sont dans le guide autonomie. Le principe tient en une ligne : consommation quotidienne × jours d'autonomie visés ÷ fraction utilisable de la chimie. Pour fixer les idées, 1 500 Wh/j sur deux jours demandent environ 3,3 kWh nominaux en LiFePO4 (÷ 0,9), mais 6 kWh en AGM (÷ 0,5) — le plomb se paie deux fois, à l'achat en capacité et sur la balance.
12, 24 ou 48 V : une question de courant
La tension du parc ne change rien à l'énergie stockée ; elle change tout aux courants qui circulent. La loi est élémentaire : à puissance égale, le courant est inversement proportionnel à la tension. Un onduleur de 1 000 W sous 12 V appelle déjà de l'ordre de 90 A ; 5 000 W sous 12 V dépasseraient 400 A — des sections de câble de sous-station, une connectique hors de prix et des pertes partout.
La règle pratique : le 12 V reste le bon choix jusqu'à environ 1 à 2 kW d'onduleur — c'est le standard du camping-car, tout l'écosystème (pompes, éclairage, frigos) y est natif. Au-delà, les courants deviennent déraisonnables et l'on monte en tension : le 24 V divise les courants par deux, le 48 V les divise par quatre — et, à chute de tension relative égale, la section de cuivre nécessaire par seize (le guide câbles détaille ce calcul).
Notre cas chiffré : un parc 48 V
Notre plan prévoit cinq modules Pytes E-Box 48100R-TE+, soit 25,6 kWh sous 48 V, associés à un onduleur/chargeur MultiPlus-II 48/5000 — un dimensionnement assumé hors norme, construit pour climatiser sur batterie. Sous 48 V, les 5 000 W de l'onduleur appellent un peu plus de 100 A : c'est un courant que des câbles et des fusibles ordinaires savent traiter. Le même onduleur en 12 V aurait exigé plus de 400 A en continu.
Mais le 48 V a un prix, et il faut le connaître avant de choisir :
- Rien d'usuel ne fonctionne en 48 V. Notre schéma dérive trois circuits 12 V à travers des convertisseurs 48→12 pour alimenter l'écosystème standard — pompe, éclairage, frigo. Ce sont des boîtiers à acheter, câbler et protéger.
- La supervision devient obligatoire. Chez nous, un Cerbo GX fait dialoguer l'onduleur avec les BMS des batteries — sans lui, le chargeur ignore l'état réel du parc et les protections internes travaillent en aveugle.
- Chaque module du parc est protégé individuellement dans notre schéma : un défaut sur un module ne condamne pas les quatre autres. L'unifilaire complet est publié sur la page plans.
Un parc de cette taille stocke une énergie considérable, quelle que soit sa chimie : un court-circuit franc y soude l'outil qui l'a provoqué. Chaque départ se protège au plus près de la source, un coupe-batterie reste accessible, et l'installation se fait vérifier par un professionnel qualifié avant la première mise sous tension.
Le couplage à l'alternateur
En roulant, l'alternateur du véhicule peut recharger la servitude — encore faut-il un dispositif adapté à la chimie. Avec du plomb, un simple coupleur-séparateur suffit : la résistance interne de la batterie limite naturellement le courant. Avec du lithium, ce montage devient dangereux : la batterie accepte tout ce que l'alternateur peut fournir, jusqu'à le faire surchauffer. S'y ajoutent les alternateurs pilotés des véhicules récents, dont la tension varie au gré de la gestion moteur et ne maintient plus une charge cohérente.
La réponse est le chargeur DC-DC (ou booster) : il isole les deux parcs, régule la charge selon le profil de la chimie et plafonne le courant prélevé — typiquement 30 à 50 A, soit 360 à 600 W sous 12 V. C'est un maillon obligatoire avec du lithium et un véhicule récent, et l'une des trois sources — avec le solaire et le quai — qu'il vaut mieux additionner que surdimensionner isolément, comme l'explique le guide autonomie.
La masse, l'angle mort du choix
Notre parc pèse environ 249 kg : c'est le poste le plus lourd du van, devant l'eau et le mobilier. À énergie utile équivalente, un parc au plomb aurait été deux à trois fois plus lourd — simplement impossible sur un châssis de 3,5 t. La masse des batteries n'est donc pas un détail d'intendance : elle se compte et se positionne dès la conception, essieu par essieu, comme le détaille le guide masses et répartition.
À lire ensuite — Calculer son autonomie électrique · Sections de câble et protections · Le schéma électrique de A à Z · Masses et répartition des charges